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Chapter 2 - Chapitre II — La Ville des Mille Lames

La route menant à Dundorma serpentait entre des collines pierreuses balayées par le vent.

Aren Valtheris marcha pendant six jours.

Les montagnes derrière lui s’étaient lentement effacées dans la brume. Les sentiers étroits avaient laissé place à de larges routes commerciales marquées par les roues des chariots et les traces de bêtes de somme.

Le monde était plus vaste qu’il ne l’avait imaginé.

Des caravanes passaient parfois près de lui. Des marchands tirant des chariots remplis d’épices, de minerais ou de tissus. Certains transportaient des caisses renforcées de métal — preuve qu’ils avaient déjà rencontré quelque chose de moins civilisé que des bandits.

On ne voyageait jamais sans protection dans ces terres.

Une fois, Aren aperçut un groupe de chasseurs assis autour d’un feu au bord de la route. Leurs armures portaient les marques de nombreuses chasses : entailles profondes, plaques d’écailles, fourrures épaisses cousues au métal.

Ils levèrent les yeux en voyant le jeune homme.

Leur regard glissa immédiatement vers le katana à sa hanche.

Un des chasseurs haussa légèrement un sourcil.

Aren continua sa route sans s’arrêter.

Les vrais chasseurs n’aimaient pas parler avec les inconnus.

Et les inconnus n’aimaient pas parler avec les chasseurs.

Au matin du septième jour, la route grimpa une colline.

Et Aren vit la ville.

Dundorma.

Même à distance, la cité imposait le respect.

D’immenses murailles de pierre entouraient la ville, renforcées par des tours massives. Des bannières flottaient au vent. Des centaines de toits s’étendaient derrière les remparts.

Des routes convergeaient vers les portes principales comme des rivières de poussière.

Caravanes.

Marchands.

Soldats.

Chasseurs.

La ville respirait.

Et son souffle était bruyant.

Aren descendit la colline et rejoignit le flot des voyageurs.

Les portes de Dundorma étaient gardées par des soldats lourdement armés. Mais leur attention ne se portait pas sur les marchands.

Elle se portait sur les chasseurs.

Un garde observa Aren, puis son katana.

“Chasseur ?”

Aren sortit lentement la lettre.

Le sceau de la Guilde attira immédiatement l’attention du garde.

Il fit signe à son supérieur.

L’homme examina la lettre sans l’ouvrir. Puis il jeta un regard plus attentif au jeune homme.

“Bienvenue à Dundorma.”

Les portes s’ouvrirent.

La ville était un chaos organisé.

Les rues débordaient d’activité. Marchands criant leurs prix. Forgerons frappant le métal. Odeurs de nourriture, de cuir, de fumée et d’animaux.

Mais une chose dominait le paysage urbain.

La Guilde.

Son bâtiment s’élevait au centre de la ville comme une forteresse dans la forteresse. Une structure massive de pierre blanche décorée de bannières représentant l’emblème des chasseurs.

C’était ici que tout commençait.

Et parfois, que tout finissait.

Aren poussa la grande porte.

L’intérieur ressemblait à une ruche.

Des chasseurs discutaient autour de grandes tables couvertes de cartes. Des scribes copiaient des rapports. Des messagers entraient et sortaient avec des parchemins.

Au fond de la salle, un long comptoir accueillait les nouveaux arrivants.

Une jeune femme aux cheveux bruns levait les yeux à chaque fois qu’un chasseur approchait.

Aren attendit son tour.

Quand il arriva enfin devant elle, il posa la lettre sur le comptoir.

La réceptionniste brisa le sceau.

Elle lut rapidement.

Puis elle releva les yeux.

Et le regarda plus longtemps que nécessaire.

“Curieux.”

“Pardon ?”

“Cette lettre recommande directement votre admission comme chasseur.”

Elle replia le parchemin.

“Ce genre de recommandation est… rare.”

Aren resta silencieux.

La jeune femme lui sourit légèrement.

“Je m’appelle Lyessa. Bienvenue à la Guilde.”

Elle fit glisser un registre devant lui.

“Signez ici.”

Aren prit la plume.

Son nom rejoignit des milliers d’autres.

Lyessa lui tendit ensuite un petit badge métallique.

“Votre insigne de chasseur.”

Elle ajouta calmement :

“Et votre première quête.”

Elle posa un parchemin sur le comptoir.

Quête : Élimination d’un Arzuros

Localisation : Forêt de Roncebrume

Niveau : Chasseur débutant

Récompense : 1200 zenny

Aren observa le nom du monstre.

Arzuros.

Un ours territorial connu pour attaquer les ruches et les réserves de nourriture.

Rien d’extraordinaire.

Mais pas une proie facile.

Lyessa observa sa réaction.

“Premier conseil.”

Elle croisa les bras.

“Un Arzuros peut briser les côtes d’un chasseur en un coup de patte.”

Aren hocha la tête.

“Deuxième conseil.”

Elle sourit.

“Ne vous faites pas briser les côtes.”

La forêt de Roncebrume se trouvait à une demi-journée de marche de Dundorma.

Le soleil déclinait quand Aren atteignit les premières racines géantes des arbres anciens.

La forêt était dense.

Silencieuse.

Trop silencieuse.

Les animaux ordinaires évitaient les territoires des grands monstres.

Aren ralentit.

Il observa le sol.

Empreintes.

Massives.

Quatre doigts.

Griffes profondes.

Fraîches.

L’Arzuros était proche.

Aren posa la main sur le manche de son katana.

Sa respiration devint lente.

Silencieuse.

Il avança entre les racines.

Une odeur sucrée flottait dans l’air.

Du miel.

Puis il entendit le bruit.

Un grognement grave.

Un craquement.

Aren contourna un tronc massif.

Et il le vit.

L’Arzuros était énorme.

Presque deux fois la taille d’un homme. Une masse de muscles couverte de fourrure bleu sombre. Ses griffes longues comme des dagues labouraient une ruche géante arrachée d’un arbre.

Le monstre plongea son museau dans le miel.

Aren observa.

Un chasseur imprudent aurait attaqué immédiatement.

Rathen lui avait appris autre chose.

Observer d’abord.

L’Arzuros se déplaçait lourdement, mais ses mouvements restaient rapides pour une créature de cette taille.

Sa patte droite semblait légèrement blessée.

Intéressant.

Le vent soufflait dans la bonne direction.

L’Arzuros ne l’avait pas encore senti.

Aren s’approcha lentement.

Un pas.

Puis un autre.

Sa main se posa sur le katana.

Le monde sembla ralentir.

Le dégainé fut instantané.

Un éclair d’acier fendit l’air.

La lame trancha l’épaule du monstre.

Le rugissement de l’Arzuros secoua la forêt.

La créature pivota brutalement.

Sa patte frappa le sol avec une force terrifiante.

Aren recula d’un bond.

La terre explosa sous l’impact.

Le monstre chargea.

Sa masse fonçait comme un rocher vivant.

Aren pivota.

Sa lame frappa de nouveau.

Une entaille profonde traversa la cuisse de la créature.

L’Arzuros hurla.

Mais il ne ralentit pas.

Sa patte frappa.

Aren leva son katana pour dévier.

Erreur.

La force du choc l’envoya rouler dans les feuilles mortes.

Sa poitrine brûla.

L’Arzuros approchait déjà.

Sa gueule ouverte révélait des crocs capables d’écraser un bras.

Aren inspira profondément.

La peur tenta de s’infiltrer.

Il la repoussa.

Rathen avait raison.

La peur ne disparaît jamais.

Il faut seulement agir plus vite qu’elle.

L’Arzuros bondit.

Aren dégaina de nouveau.

La lame décrivit un arc précis.

Elle trancha la patte blessée.

Le monstre s’effondra dans un rugissement de douleur.

Aren ne s’arrêta pas.

Un pas.

Un souffle.

Un dernier coup.

Le katana pénétra profondément sous la mâchoire du monstre.

Le rugissement s’éteignit.

La forêt retrouva son silence.

Aren resta immobile un moment.

Sa respiration résonnait dans ses oreilles.

Le sang du monstre coulait lentement dans la terre.

Sa première chasse officielle venait de s’achever.

Et il comprenait maintenant quelque chose que les histoires ne racontaient jamais.

Un chasseur ne combat pas pour la gloire.

Il combat pour survivre.

Aren essuya sa lame.

Puis il regarda le corps immense de l’Arzuros.

Il allait devoir le découper.

Le travail d’un chasseur ne s’arrêtait jamais avec la mort du monstre.

En réalité…

C’était souvent là que le vrai travail commençait.

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