La femme s'avança vers lui.
Dès son premier pas, Hiro fut submergé par des visions étranges : deux tissus, l'un blanc, l'autre noir, entremêlés comme un symbole ; une bougie coiffée d'une flamme noire ; des formes de vie inconnues ; une assemblée d'êtres mystérieux réunis au milieu d'une rivière noire ; puis une vaste mer d'argent où se tenait un bébé, debout, face à un trône vide, mais semblant pourtant s'adresser à quelqu'un.
Plus elle approchait, plus ces visions embrumées prenaient forme, et plus Hiro cessait de trembler. Arrivée à sa hauteur, elle inclina doucement la tête et lui caressa la joue d'un geste tendre. Il n'y avait aucune menace dans son aura. Sa caresse était celle d'une mère, si douce qu'on devinait aisément qu'un sourire bienveillant se cachait derrière ses cheveux.
Les visions se conclurent brusquement sur un flot de scènes sanglantes : des membres flottant dans une rivière pourpre, des silhouettes agenouillées, des êtres enchaînés puis sacrifiés. Les images défilaient trop vite, trop fort… et s'achevèrent sur des hurlements de douleur si déchirants que l'œil droit de Hiro laissa perler une larme.
« Vous… je… attendez !!! » lança-t-il.
Trop tard. Elle avait disparu au moment même où il tentait de lui parler.
« C'était quoi, cette sensation… ? Et toutes ces images ? Et moi… qu'est-ce que j'allais lui dire ? » pensa-t-il, complètement perdu.
« HIIIIIIIRO ! » cria soudain une voix derrière lui. C'était Haruto, son ami d'enfance, qui empruntait souvent ce même chemin. Il accourut vers lui.
— Haruto ? dit Hiro en se retournant.
— Ça va, mon vieux ? Je t'observais depuis environ dix minutes, lança Haruto, un grand sourire aux lèvres, en passant son bras autour du cou de Hiro.
— Aaaah, lâche-moi ! protesta Hiro en retirant sa main.
— Bah quoi, mon pote, t'as un problème ?
— Haruto…
— Attends… Hiro, t'as pleuré ? Hahaha ! Je savais pas que tu pouvais pleurer. En plus je t'ai vu de loin : t'avais l'air de parler tout seul, continua Haruto, remarquant la trace de larme sur la joue de Hiro.
— Quoi ? Haruto, je suis sérieux.
— Sérieux sur quoi ?
— Il y avait une femme. Juste là. Tu devrais la voir pourtant, non ? T'as déjà éveillé tes capacités spirituelles…
— Hiro, je te promets que j'ai rien vu. Peut-être une hallucination ? Ce coin est saturé d'énergie démoniaque, ça peut te créer des illusions sans que tu t'en rendes compte.
— Je… je vois. Bon… on y va ? dit Hiro.
Les deux amis reprirent alors la route vers le lycée.
Mais même sans capacités spirituelles, Hiro savait reconnaître une illusion d'une réalité. Et il était certain de ce qu'il avait vu.
Chez les Ozuki, le Père Riki et le vieux Hideyoshi concluaient leur discussion, chacun sentant au fond de lui que les événements à venir dépasseraient tout ce qu'ils avaient connu jusque-là.
« Bien… je propose qu'on mette cela en veilleuse pour l'instant. Je ne dis pas de fermer les yeux là-dessus, mais… à la base, les concepts liés aux Rois dépassent notre niveau de compréhension. Nous allons donc rester attentifs, garder un œil dessus, en attendant qu'un autre indice nous parvienne », proposa calmement le Père Riki.
— Tu as raison. C'est le mieux à faire, répondit le vieux Hideyoshi. Et puis, le nouvel Élu ne peut pas être nuisible, donc rien ne presse.
— Content que tu sois du même avis. Je vais demander à partir, dit le Père Riki en se levant lentement.
— Très bien. N'oublie pas de prévenir NII : l'enterrement de Hime a lieu ce soir.
— Je n'y manquerai pas. Et aussi… je vais mettre mon neveu au courant de la situation. Étant l'Exo-God, il est légitime qu'il en soit informé, ajouta le Père Riki.
— Ça va de soi. À plus tard, mon vieil ami, conclut le vieux Hideyoshi, tandis que le Père Riki levait la main pour lui dire au revoir.
Au même moment, Hiro et Haruto avaient déjà franchi les grilles du lycée.
— J'imagine que tu vas encore sécher la cérémonie d'ouverture cette année ? lança Haruto, un sourire en coin.
— Évidemment. C'est toujours la même chose, c'est ennuyeux à mourir. Franchement, je me demande ce que tu peux bien y trouver, répondit Hiro en traînant les pieds, l'air complètement blasé.
— Hahaha ! T'es incorrigible. Bon, on se retrouve plus tard, alors ?
— Ouais, à plus.
Sans attendre, Haruto s'élança en courant, déterminé à ne pas rater la cérémonie.
— Aaaah… Celui-là…, marmonna Hiro en soupirant.
Les mains enfoncées dans ses poches, Hiro se mit à errer tranquillement dans la cour du lycée, sans but précis.
C'est alors qu'un murmure étouffé résonna non loin :
« Non… s'il vous plaît… lai… laissez-moi tranquille… »
Hiro s'approcha, jeta un coup d'œil et aperçut trois garçons, qu'il connaissait bien pour semer la pagaille dans le lycée, entourant une fille. Elle était appuyée contre le mur, retenue par l'un d'eux et dépouillée de son sac par un autre, tandis que le chef de la bande se tenait face à elle, lui caressant le visage alors qu'elle détournait le regard, les yeux fermés.
— Eh bien, eh bien… murmura celui qui tenait le sac en ricanant. Ça va faire mal si tu continues à crier.
— Quelle belle cuisse, dit le chef de la bande en la caressant légèrement.
« Encore ceux-là ? », pensa Hiro en ramassant un caillou par terre, non loin devant lui.
D'un pas assuré, il sortit de l'ombre et lança le caillou sur le gros bras du barbu qui retenait la fille contre le mur. Ce dernier la lâcha aussitôt, et la victime tomba accroupie au sol, reprenant son souffle.
— Argh !!! lâcha-t-il en regardant sa main saigner sur le coup.
Les trois délinquants se retournèrent, surpris. Des visages bien connus. Les années précédentes, ils avaient déjà eu affaire à Hiro à plusieurs reprises, et celui-ci avait toujours perdu. C'était normal, après tout : contrairement à lui, ils possédaient déjà des aptitudes extraordinaires dues à l'éveil de leur "Reitaishô", l'énergie commune à tous les exorcistes.
— Quoi ?! Hiro Asano ?! Hahaha ! T'es venu te faire tabasser comme d'habitude ? se moqua le maigre blondinet tatoué.
— Elle vous demande de lui foutre la paix. Hahaha… Après tout, vous êtes vilains, elle a sûrement peur de vos tronches.
— QUOOOI ?! Sale bâtard ! Saisissez ce gamin et donnez-lui une bonne leçon ! ordonna le chef de la bande, fou de rage.
À l'instant même, le gros barbu fonça sur Hiro, lançant un puissant coup de poing… qui fut aussitôt stoppé. Il enchaîna avec un coup de pied, mais Hiro effectua un salto arrière pour l'éviter. Depuis sa position, il bondit et frappa son adversaire au ventre d'un coup assez puissant pour le projeter contre un arbre.
— Comment ?! Quand est-il devenu aussi fort ? se demanda le blondinet tatoué.
— Hahaha ! Chuis chaud aujourd'hui ! À qui le tour ?
« Merde… », grogna le blond en fronçant les sourcils avant de sortir un couteau.
Les attaques s'enchaînèrent à une vitesse impressionnante, mais Hiro les esquivait toutes, encore plus rapidement. Il bondit en arrière, mais son adversaire lança un couteau. Hiro l'évita de justesse, incapable de se mouvoir dans cet infime intervalle de temps. La lame lui entailla légèrement la joue.
— … fit Hiro avec un sourire, essuyant le sang du bout du pouce.
Le délinquant blond fonça de nouveau sur lui, mais se fit prendre de vitesse par un coup de pied au menton, suffisamment puissant pour l'envoyer voler dans les airs. Hiro le poursuivit et l'abattit d'un violent coup de poing sur la joue, le plaquant au sol.
— Tiens, tiens, tiens… Ainsi, tu as éveillé ton Reitaishô ? lança le chef de la bande tandis que Hiro se posait au sol.
— De quoi tu parles ?
— Peu importe.
Il fonça sur Hiro et lui asséna un puissant coup de poing. Hiro le bloqua, mais fut violemment projeté en arrière, sentant son bras prêt à se briser.
« Argh… Ses coups sont toujours aussi puissants… », pensa Hiro durant sa projection.
Le chef de bande le poursuivit.
« Il charge encore… », fronça Hiro les sourcils.
Il le rattrapa en plein vol et enchaîna : un coup de poing au menton, un coup de genou dans le ventre, puis un coup de paume en pleine poitrine. Hiro s'écrasa au sol, le sang coulant de sa bouche.
— Tu vas voir, sale enfoiré… cracha-t-il tandis que son adversaire atterrissait devant lui.
Hiro se releva lentement et resserra les poings.
— Tu l'auras voulu, sale gamin. Tu vas finir à l'hosto, dit le chef de bande en chargeant une nouvelle fois, concentrant toute sa puissance dans un coup de poing plus rapide et plus précis.
Mais… raté.
Hiro esquiva l'attaque avec une fluidité déconcertante, le regard nonchalant. Dans le même mouvement, il enchaîna avec un coup de pied à la nuque. L'adversaire s'effondra aussitôt, inconscient.
C'était terminé.
Les trois délinquants gisaient désormais au sol.
— Ça va… ? demanda Hiro, la voix plus douce.
La fille hocha lentement la tête et se releva, les yeux brillants d'un mélange de peur et d'étonnement.
— Mer… merci beaucoup.
— Haha, t'inquiète, c'était rien. En plus, je les cherchais depuis un bail, dit Hiro en riant et en se grattant la nuque. Et puis… tu portes l'uniforme du haut lycée d'exorcisme. Tu dois être super forte comparée à nous, dans le petit lycée, non ?
— En fait… je… mon pouvoir ne sert pas vraiment à grand-chose en combat, et je suis nulle au corps à corps, dit-elle d'une voix triste.
— Je vois. Et qu'est-ce que tu fais ici ? demanda Hiro.
— Je suis venue voir votre cérémonie d'entrée. J'aime beaucoup ça. Les années précédentes, j'observais à travers votre portail, mais comme il était ouvert aujourd'hui, je me suis dit que je pouvais entrer, répondit-elle d'une voix un peu basse.
— Ah bah tu peux toujours… commença Hiro, avant d'être interrompu par le retour des élèves de la cérémonie d'entrée. Ah… mince. On dirait que la cérémonie est déjà finie, conclut-il.
— Ce n'est pas grave. Je repasserai l'année prochaine, dit-elle avec un léger sourire.
— Bah… à l'année prochaine alors, euh…
— Hälfte… dit la jeune fille.
— Hein !?
— Je m'appelle Hälfte. Juste Hälfte, répéta-t-elle en lui tendant la main.
— Ahaha ! T'es marrante. Moi, c'est Hiro. Hiro Asano, dit-il en lui serrant la main.
— Ra… ravie de te connaître !
— Hey Hiro, t'en as enfin chopé une, on dirait ! lança Haruto en revenant de la cérémonie, comme les autres.
— Qu'est-ce que… dit Hiro en lâchant la main de Hälfte.
— Je… je dois y aller. À la prochaine, dit Hälfte avant de partir en courant.
« Hälfte… elle est bizarre, cette fille. », pensa Hiro en la regardant sortir du lycée, son regard la suivant jusqu'à ce qu'elle disparaisse derrière le portail.
— Alors, mon p'tit Hiro, on la laisse partir quand je viens ? Fallait me dire que je te dérangeais, hahaha, lança Haruto en riant, s'approchant de lui comme si de rien n'était.
— Toi alors…, soupira Hiro, sans vraiment le regarder.
— HIRO ASANO ET HARUTO CHÛSEI ! QUE FAITES-VOUS DEHORS PENDANT LES COURS D'EXORCISME ?!, hurla le vieux directeur, la voix tremblante de colère.
Un frisson parcourut Hiro.
« Au secours… pas les cours d'exorcisme. » marmonna-t-il, l'air las. Puis, presque instinctivement, il recula… avant de se mettre à courir. En quelques secondes, il escalada la clôture du lycée et sauta de l'autre côté.
— Bonjour, monsieur Ren, dit calmement Haruto au vieux directeur, comme pour le provoquer, avant de suivre Hiro dans sa fuite.
— Qu'est-ce que… REVENEZ ICIIIII !!! cria-t-il, sa voix se perdant dans la cour désormais vide.
Le crépuscule s'installe…
De l'autre côté, à l'orphelinat, l'ambiance était tout autre. Le silence pesait lourd. Tout le monde était au courant de la situation chez les Ozuki. Une discussion eut lieu, grave, presque étouffée :
— Da… Dame Hime…, sanglota Tohka, accroupie, la tête enfouie contre les genoux de la mère supérieure.
— …murmura la sœur Isane. Elle était si gentille, si attentionnée… Jamais je n'aurais cru qu'en un jour aussi beau, Dame Hime nous quitterait, acheva-t-elle, la voix brisée.
— Riki, je ne sais pas si tu t'en rends compte, mais nous sommes dans une impasse défiant les origines mêmes de ce monde, déclara la mère supérieure en caressant lentement les cheveux de Tohka pour la calmer.
— J'en suis parfaitement conscient…, répondit le père Riki après un court silence.
— Dans ce cas… pourquoi ne vous mobilisez-vous pas pour retrouver l'Élu ? Le vrai ?
Le regard du père Riki s'assombrit.
— Croyez-moi, nous y avons tous songé. Mais ce genre de signes est perceptible par n'importe quelle entité existante. Même si nous, en tant qu'exorcistes, avons davantage de chances de mettre la main dessus…
— Je vois clair dans ton explication. Autrement dit, il vaut mieux rester discrets. Non seulement l'Élu peut être n'importe où, mais nous ignorons encore sa nature. Et bien sûr… trop de bruit pourrait attirer l'attention des forces que tu sais. C'est bien cela ?
— C'est exact. La situation est réellement inquiétante. Mais tant qu'aucun signe ne se manifeste, il vaut mieux continuer ainsi. Agir sans information pourrait provoquer quelque chose de bien plus grave, dit le père Riki d'un ton grave.
— C'est tout à fait logique… Nous nous en tiendrons donc à cela, conclut la mère supérieure.
La journée touchant à sa fin, Hiro revenait à la maison. Il repassa évidemment par son fameux pont qui, contrairement au matin, semblait maintenant tout à fait normal : le brouillard avait disparu, le corps pendu avait disparu lui aussi, et le paysage était comme n'importe quel autre.
Soudain, en un flash, il se souvint de la mystérieuse dame.
« Si seulement tout ça pouvait être un rêve… » murmura-t-il en fixant la rivière.
Il reprit son chemin.
Presque à la tombée de la nuit, il arriva de nouveau à l'orphelinat, où l'ambiance était bien plus calme que d'habitude.
– Salut ! C'est vraiment calme ici, dit donc ! s'exclama Hiro, tombant sur Tohka, seule, tête contre la table, dans la grande chapelle.
Aucune réponse.
– Tohka ? Hey, Tohka… appela-t-il.
– Hi…ro, dit-elle en relevant la tête, le visage triste et noyé de larmes.
– To… Tohka ? Mais pourquoi pleures‑tu ? C'est très rare… ça me fait presque marrer. Hahaha, dit Hiro en riant, insouciant, sans se douter de quoi que ce soit.
– Com… comment oses‑tu rire dans un moment pareil ? questionna-t-elle, à la fois furieuse et triste, toujours en pleurant.
– Hein ? Mais qu'est-ce que tu racontes ? Il s'est passé quelque chose pendant mon absence ?
– Tohka, tu vas te faire mal à force de trop pleurer. Va te reposer dans ta chambre, dit la sœur Isane en entrant dans la chapelle.
Tohka s'exécuta.
– Sœur Isane, qu'est-ce qui se passe exactement ? demanda Hiro.
Un silence pesant s'installa.
Isane soupira.
– Hiro… dit-elle, les lèvres serrées, ton amie, Hime… elle est morte.
Perdu, troublé, apeuré, déboussolé, Hiro resta figé. Il semblait incapable de comprendre ce qu'il venait d'entendre.
– Que… que dites‑vous ?
– Hiro… Nous avons tous réagi comme toi… mais c'est réel, dit Isane, une larme coulant sur sa joue. Je reviens juste de la première cérémonie. La deuxième aura lieu dans une heure, avec le Père Nii encore en attente.
– Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ÇA M'ARRIVE À MOI ? hurla Hiro, les poings serrés.
– S'il te plaît, Hiro, calme-toi. Tu devrais te reposer. Le Père Riki pense que ce serait mieux pour toi.
– Je suis… désolé, sœur Isane, mais je dois y aller, dit-il d'une voix basse avant de quitter l'orphelinat en courant sous la nuit noire.
– Hiro… il souffre beaucoup en ce moment, pensa Isane.
« Hah... hah... hah, c'est vraiment mon jour de malchance aujourd'hui... », pensa Hiro, toujours en pleine course.
Et ! HOP ! D'un grand bond en arrière, Hiro évita un coup soudain, imprévu et extrêmement rapide.
– Qu'est-ce que c'était ?, se demanda-t-il, en se mettant en garde.
« Hihihi ! Jolie réflexe, gamin. Si tu avais tardé ne serait-ce qu'une seconde de plus, ta tête serait sûrement en train de rouler à mes pieds. », dit une voix venue d'en haut.
Hiro leva la tête et aperçut une créature qu'il n'avait jamais vue auparavant. Son corps était entièrement noir, telle une ombre, à l'exception du visage blanc, avec des yeux rouges portant le motif d'une croix noire à l'intérieur. Elle avait une queue pointue, de longs cheveux flottant dans les airs, et deux cornes surmontant sa tête.
C'était ni plus ni moins… un démon.
— Qu'est-ce que c'est ? pensa Hiro après avoir identifié son agresseur dans les airs. Non, je devais au moins reconnaître ça. C'est un démon, littéralement. Il ressemble exactement à ceux que j'ai vus dans le livre d'exorcisme d'Haruto, fronça-t-il légèrement les sourcils.
« Quel Reitaishô appétissant ! On ne t'a jamais dit d'éviter les balades nocturnes ? » affirma le démon.
— Merde, je suis mal barré, pensa Hiro en suant.
Le démon se jeta sur lui avec ses griffes. Hiro parvint à le bloquer en croisant les bras, mais reçut malgré tout des blessures sévères. Le démon ajouta un coup de pied au menton qui fit voler Hiro en arrière.
« Argh... merde, merde, merde ! Je le savais… Je voulais nier ce fait, mais au fond, je savais. » pensa Hiro, tandis que l'image de la mystérieuse dame lui revenait aussi vite qu'elle avait disparu.
« À ce moment précis, j'avais senti quelque chose brûler en moi. Je n'aurais jamais pu battre les autres gars de mon lycée sans des aptitudes extraordinaires. J'ai donc éveillé mon Reitaishô ? Merde... c'est vraiment la pire journée de ma vie. » ajouta-t-il.
Le démon le rejoignit dans les airs et le fit violemment tomber au sol d'un coup de poing. Hiro s'écrasa dans un bruit sourd, roulant sur plusieurs mètres avant de parvenir à se redresser péniblement. Son souffle était court, haché. Ses vêtements n'étaient plus que des lambeaux, et une douleur brûlante lui traversait tout le corps.
« Hahaha ! On dirait que tu as du mal, gamin ! ricana le démon. Franchement… tu es plus divertissant qu'une souris prise au piège. » Ses griffes étincelaient dans la pénombre.
Avant même que Hiro ne puisse réagir, le démon bondit sur lui à nouveau. Hiro tenta de parer avec ses bras, mais la violence de l'impact le projeta contre le mur. Un craquement sec résonna, et un goût métallique envahit sa bouche.
— Oh là là… ça devient vraiment intéressant ! s'exclama le démon, un sourire cruel étirant son visage alors qu'il se léchait lentement les lèvres.
Hiro tenta de se relever, mais il fut saisi brutalement par le bras et écrasé au sol avec une force terrifiante.
— Tu crois vraiment pouvoir te battre ? railla le démon en lui assénant un violent coup dans les côtes.
— Argh… souffla Hiro, le souffle coupé, ses jambes tremblantes cédant sous son propre poids.
Le démon se pencha vers lui et murmura d'une voix sifflante, teintée de moquerie :
— Tu ressens cette douleur ? C'est le goût de l'échec, gamin…
Il ne montrait aucune pitié. Rassemblant le peu de force qu'il lui restait, Hiro tenta une contre-attaque et frappa de toutes ses forces. Mais son poing traversa le démon comme s'il n'avait frappé que du vide.
— Comment… ? Mon coup est passé à travers son corps… Pourtant, lui peut me toucher. Comment est-ce possible ? pensa-t-il, stupéfait.
La réponse fut immédiate : le démon intangible lui asséna un coup brutal dans le ventre, le forçant à tomber à genoux.
— Hahaha… tu es vraiment un débutant, gamin. Laisse-moi éclairer ta lanterne, dit le démon avec un rire malsain.
— Grr… grogna Hiro, les sourcils froncés, toujours à genoux.
— Comme tu le sais, l'énergie utilisée par les exorcistes, appelée Reitaishô, est capable d'interférer avec tous les aspects de ce qu'elle touche. Mais nous autres démons utilisons le Reihenka. Cette énergie peut dévier l'état fondamental d'une chose au moment du contact.
Le démon marqua une pause, savourant l'attention forcée de Hiro.
— Pour cela, le Reihenka crée d'innombrables couches superposées au sein de la matière, puis dévie son état de couche en couche, encore et encore, poussant ainsi ce dernier vers l'infini.
— Rien… compris à ton délire, murmura Hiro, épuisé, l'interrompant.
Le démon éclata d'un rire aigu.
— Comme tu voudras. Pour faire simple : notre corps est fait d'ombre… mais cette ombre est entièrement composée de Reihenka. À chaque seconde qui passe, nous devenons plus intangibles, plus sombres. Pour espérer nous toucher, il te faudrait une parfaite maîtrise de ton Reitaishô. Mais à en juger par ton niveau… tu n'en es qu'à la première phase. Ton chemin s'arrête ici, gamin.
Le démon releva Hiro de nouveau et lui porta des coups de toute part. À chaque impact, Hiro sentait sa force diminuer, mais quelque chose en lui commençait à brûler — une énergie qu'il n'avait jamais ressentie auparavant.
— Il faut que je… tienne… pensa-t-il, la tête tournant, tandis que le rire cruel du démon résonnait autour de lui.
Jeté à terre, tremblant et couvert de blessures, Hiro leva les yeux vers lui.
— Hahaha, tu es faible et…
— Je… je vais te tuer ! dit-il en se relevant, les yeux à moitié fermés mais toujours menaçants, interrompant le démon.
« Hein… ? Tu parles encore ? Malheureusement, tu mourras en premier. Quel dommage… et dire que le Reitaishô de ton âme est si appétissant. Allez, adieu, petit. » ricana le démon, créant une boule de Reihenka dans sa main, l'énergie crépitant dangereusement, prête à être projetée sur Hiro.
« VWOOM ! »
L'impact fut instantané. L'explosion dévasta la ruelle. Le sol se fissura, les murs volèrent en éclats.
— Hihi… quel pauvre type…, lança le démon.
La fumée se dissipa lentement. Mais… Hiro avait disparu.
— ?! lâcha le démon.
Son bras gauche fut arraché net, comme fauché par une force invisible.
— C'est ça que tu cherches ? » C'était la voix de Hiro qui se fit entendre derrière le démon, dos tourné face à son adversaire, le corps enveloppé d'une énergie bleue, semblable à une flamme. Il se tenait debout, tenant le bras de son adversaire en main.
« Hey le démon ! S'il te plaît, ne meurs pas trop vite ! » ajouta-t-il alors que son énergie se densifiait encore plus, projetant violemment le démon sur plusieurs mètres.
FIN
"Les choses ne se déroulent peut-être toujours pas comme on le voudrait, mais on reste maître de nos propres actions."
Sinister Lull, Chapitre 2 : "Souviens-toi de nous.", BANDEIRA Luciano.
